Procès Cyktor : l'étau se resserre sur l'accusé

Maîtres Guillaume Demarcq et Eric Dupond-Moretti sont persuadés de l'innocence de leur client. Aucune preuve matérielle ne corrobore ses aveux.
Des habitués du café familial le décrivent comme « violent ». Son ex-femme également. Lui jure ne jamais avoir frappé son frère, Jean-Luc. La cour s'agace devant les dénis. Mais l'accusé tient bon.
Au jeu du poker menteur, Gérard Cyktor aurait sans doute fait forte impression. Suspect numéro 1 dans le meurtre de Jean-Luc, son frère, l'accusé a constamment nié depuis l'ouverture du procès, vendredi dernier. Problème : la valse des témoins à la barre dépeint un personnage « méchant », plein de colère et d'amertume. Lui, réfute en bloc tout ce qui pourrait le déranger.
Dès lundi, des anciens clients du café L'Eclipse, que Jean-Luc a tenu plus de 20 ans à Masny, sont venus témoigner à la barre de la cour d'assises. La présidente, Sylvie Karras, insiste beaucoup sur les relations que pouvaient entretenir Jean-Luc et Gérard. « Entre eux, ce n'était pas extraordinaire », se rappelle sa dernière petite amie. Faux rétorque l'accusé. « J'ai toujours soutenu mon frère. Je ne lui ai jamais reproché quoi que ce soit », se défend-il, tant bien que mal.
C'était donc le grand amour entre les deux frères ? Pas vraiment. Une scission serait apparue dès l'enfance de la fratrie, à Masny. D'un côté, Jean-Luc, Annick et Jacques. De l'autre, Gérard. Seul. Décrit comme agité, l'ancien artisan, spécialiste dans le montage de paraboles et de hi-fi, a passé une partie de son adolescence au pensionnat. Des années difficiles. « Est-ce qu'il en a souffert ?», demande la présidente Karras à l'ex-femme de Gérard, avec qui il a été marié sept ans. « Oui, oui », répond-elle. Avec elle, Gérard aurait été violent à plusieurs reprises. « Comment ça se passait ? » « Au début, ça allait. » Et puis, elle est allée à deux reprises se réfugier dans un foyer pour femmes battues. « Je voulais divorcer pour les violences. Je suis allée jusqu'au bout. »
Alors, la présidente s'agace. Elle revient à la charge sur Gérard Cyktor. « Et les violences ? » « C'est faux. Je n'ai pas un caractère de violence. » Une nouvelle brèche d'ouverte pour Guillaume Demarcq, l'un de ses deux avocats. « Est-ce qu'il a déjà été condamné pour des violences ? » Non ». Rien ne prouve ses excès de colère. La présidente revient sur les relations entre Jacques et Gérard. « Il s'entendait avec Jacques ? » « Non, il disait qu'il était homo, que c'était dégoûtant. Il l'appelait le 'PD�. » « Il y a des rumeurs qui ont couru, c'est sa vie privée. je n'ai jamais dit un truc pareil », répond l'intéressé à la présidente. Toujours en minimisant ses dires.
« Ce sont toujours des relations intéressées
par le biais de sa profession »
Ou ses actes. Selon, l'accusé, il ne serait pas violent, n'aurait jamais porté de coups à personne. Mais des anciens clients du bistrot n'ont pas la même vision que lui. « Vous avez déjà vu des bagarres ? », demande la présidente à un habitué de l'Eclipse. « Oui, plusieurs fois, répond Marcel avec une voix rauque. Ça débutait dans le café ensuite ils partaient dans la cuisine. » « Il n'y a jamais eu de bagarre avec mon frère », indique-t-il. Gérard C., habitué du café à partir de 1994, se rappelle du jour de l'enterrement de Louis Cyktor, le patriarche de la famille, décédé en février 2006. « Je me suis avancé vers lui pour lui présenter mes condoléances. Son visage s'est fermé et il m'a dit : ' Mon père est mort à cause de Jean-Luc, il va payer cher�. » L'accusé n'a pas « souvenance » de cette conversation.
Et même dans l'enquête de personnalité, le descriptif est peu flatteur. Même du côté de ses 'relations�. Sylvie Karras souhaite savoir s'il « a un ami ». « Non, ce sont plutôt des relations. Des relations toujours intéressées par le biais de sa profession. » A l'époque c'était donnant-donnant. Devant la cour, c'est motus et bouche cousue.
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